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Sécurité informatique

Akamai pointe les malwares exploitant le trafic DNS

Un rapport d’Akamai souligne l’ampleur des menaces liĂ©es aux logiciels malveillants, tout en pointant les dangers des menaces spĂ©cifiques Ă  l’infrastructure DNS.

Selon un rapport du fournisseur de cloud et de rĂ©seau de diffusion de contenu Akamai, au cours de chaque trimestre de l’annĂ©e dernière, le trafic DNS des rĂ©seaux de 10 Ă  16 % des entreprises Ă©tait dirigĂ© vers des serveurs de commande et de contrĂ´le (C2) associĂ©s Ă  des botnets connus et Ă  diverses autres menaces de logiciels malveillants. Et plus d’un quart de ce trafic Ă©tait dirigĂ© vers des serveurs appartenant Ă  des courtiers d’accès initiaux, les Initial Access Brokers (IAB), c’est-Ă -dire des cyberpirates qui vendent Ă  d’autres criminels l’accès aux rĂ©seaux d’entreprise indique encore le rapport. « En analysant le trafic DNS malveillant des entreprises et des particuliers, nous avons pu repĂ©rer plusieurs contaminations et campagnes, comme la propagation de FluBot, un malware basĂ© sur Android qui se dĂ©place d’un pays Ă  l’autre dans le monde, ainsi que la prĂ©valence de divers groupes de cybercriminels visant les entreprises », a dĂ©clarĂ© Akamai. « Le meilleur exemple est peut-ĂŞtre la prĂ©sence significative de trafic C2 liĂ© aux courtiers d’accès initiaux (IAB) qui pĂ©nètrent dans les rĂ©seaux d’entreprise et monĂ©tisent l’accès en le vendant Ă  d’autres, notamment les groupes de ransomware en tant que service (RaaS) », a ajoutĂ© le fournisseur. Étant donnĂ© la vaste infrastructure DNS qu’il exploite pour son rĂ©seau de diffusion de contenu CDN (Content Delivery Network) mondial et d’autres services de cloud et de sĂ©curitĂ©, Akamai peut observer jusqu’Ă  sept trillions de requĂŞtes DNS par jour. Comme les requĂŞtes DNS essayent de rĂ©soudre l’adresse IP d’un nom de domaine, le fournisseur peut mettre en correspondance les requĂŞtes provenant de rĂ©seaux d’entreprise ou d’utilisateurs privĂ©s avec des domaines malveillants connus, en particulier ceux qui hĂ©bergent des pages de phishing, diffusent des malwares ou sont utilisĂ©s Ă  des fins de C2.

Un grand nombre de terminaux potentiellement affectés 

Selon les donnĂ©es, entre 9 et 13 % de tous les dispositifs qu’Akamai a pu voir en train d’effectuer des requĂŞtes DNS chaque trimestre, ont essayĂ© d’atteindre un domaine desservant des logiciels malveillants. Entre 4 et 6 % ont essayĂ© de rĂ©soudre des domaines d’hameçonnage connus et entre 0,7 et 1 % ont essayĂ© de rĂ©soudre des domaines C2. Ă€ première vue, le pourcentage de domaines C2 peut sembler faible par rapport aux domaines de malwares, mais cela concerne un très grand nombre de terminaux, capables de gĂ©nĂ©rer 7 billions de requĂŞtes DNS par jour. Une requĂŞte vers un domaine hĂ©bergeant des malwares ne veut pas nĂ©cessairement dire que la compromission est rĂ©ussie, car le malware peut ĂŞtre dĂ©tectĂ© et bloquĂ© avant qu’il ne s’exĂ©cute sur l’appareil. Cependant, une requĂŞte vers un domaine C2 suggère une infection active par un malware. Un seul dispositif compromis sur un rĂ©seau d’entreprise comportant des milliers ou des dizaines de milliers de dispositifs peut dĂ©boucher sur une prise de contrĂ´le complète du rĂ©seau, comme dans la plupart des cas de ransomware, en raison des techniques de mouvement latĂ©ral employĂ©es par les attaquants pour passer d’un système interne Ă  l’autre. ConsultĂ©es par entreprises, les donnĂ©es C2 DNS d’Akamai montrent que plus d’une entreprise sur 10 a subi une compromission active l’an dernier. « Sur la base de nos donnĂ©es DNS, nous avons constatĂ© que plus de 30 % des entreprises analysĂ©es ayant un trafic C2 malveillant appartiennent au secteur manufacturier », ont dĂ©clarĂ© les chercheurs d’Akamai. « Mais des entreprises des secteurs des services aux entreprises (15 %), de la haute technologie (14 %) et du commerce (12 %) ont Ă©galement Ă©tĂ© touchĂ©es. Les deux principaux secteurs verticaux dans nos donnĂ©es DNS (industrie manufacturière et services aux entreprises) sont aussi les principaux secteurs touchĂ©s par le ransomware Conti », ont-ils ajoutĂ©. 

Le podium malwares remonté par Akamai aligne Pykspa, Flubot et Mirai. (Crédit Akamai)

44 % du trafic malveillant issu des réseaux de zombies 

Akamai a dĂ©composĂ© le trafic C2 en plusieurs catĂ©gories : rĂ©seaux de zombies, courtiers d’accès initial (IAB), Infostealers, ransomware, chevaux de Troie d’accès Ă  distance (Remote Access Trojan, RAT) et autres. Avec 44 % du trafic C2 malveillant, les rĂ©seaux de zombies constituent la catĂ©gorie la plus importante, sans mĂŞme prendre en compte certains rĂ©seaux de zombies importants comme Emotet ou Qakbot, dont les opĂ©rateurs vendent l’accès Ă  des systèmes et qui entrent donc dans la catĂ©gorie des courtiers d’accès initiaux IAB. Cependant, la plupart des rĂ©seaux de zombies peuvent techniquement ĂŞtre utilisĂ©s pour fournir des charges utiles supplĂ©mentaires de malwares et mĂŞme si leurs propriĂ©taires ne vendent pas publiquement ce service, certains ont conclu des accords privĂ©s. Par exemple, le botnet TrickBot avait un accord privĂ© avec les cybercriminels Ă  l’origine du ransomware Ryuk. 

Le plus grand botnet observĂ© par Akamai dans le trafic C2 provenant d’environnements d’entreprise est QSnatch. Celui-ci s’appuie sur un logiciel malveillant pour infecter spĂ©cifiquement le firmware des pĂ©riphĂ©riques de stockage NAS QNAP obsolètes. QSnatch est apparu pour la première fois en 2014 et reste actif Ă  ce jour. Selon un avis de l’Agence de cybersĂ©curitĂ© et de sĂ©curitĂ© des infrastructures (Cybersecurity and Infrastructure Security Agency, CISA), Ă  la mi-2020, il y avait plus de 62 000 appareils infectĂ©s dans le monde. QSnatch bloque les mises Ă  jour de sĂ©curitĂ© et est utilisĂ© pour l’extraction d’identifiants, l’enregistrement de mots de passe, l’accès Ă  distance et l’exfiltration de donnĂ©es. Les IAB constituent la deuxième catĂ©gorie la plus importante dans le trafic DNS C2 – les menaces les plus importantes dans ce groupe Ă©manent d’Emotet, avec 22 % de tous les appareils infectĂ©s, et Qakbot, avec 4 %. Emotet est l’un des botnets les plus importants et les plus anciens. Il est utilisĂ© par de nombreux groupes cybercriminels pour l’accès initial aux rĂ©seaux d’entreprise. De plus, au fil des ans, Emotet a Ă©tĂ© utilisĂ© pour dĂ©ployer d’autres rĂ©seaux de zombies, notamment TrickBot et Qakbot. 

Des malwares liés à des gangs connus

En 2021, les autoritĂ©s policières de plusieurs pays, dont les États-Unis, le Royaume-Uni, le Canada, l’Allemagne et les Pays-Bas, ont rĂ©ussi Ă  prendre le contrĂ´le de l’infrastructure de commande et de contrĂ´le du rĂ©seau de zombies. Cependant, son dĂ©mantèlement a Ă©tĂ© de courte durĂ©e, et le botnet est dĂ©jĂ  rĂ©apparu sous une nouvelle itĂ©ration. Emotet, qui Ă©tait Ă  l’origine un cheval de Troie bancaire en ligne, s’est transformĂ© en plateforme de diffusion de logiciels malveillants. Elle offre de multiples modules qui permettent Ă  ses opĂ©rateurs de voler des courriels, de lancer des attaques DDoS et bien d’autres choses encore. Emotet entretenait Ă©galement des relations connues avec des gangs de ransomware, notamment Conti. Comme Emotet, Qakbot est un autre botnet utilisĂ© pour diffuser des charges utiles supplĂ©mentaires et entretenir des relations avec des gangs de ransomwares, comme Black Basta. Le malware est Ă©galement connu pour exploiter l’outil de test de pĂ©nĂ©tration Cobalt Strike pour disposer de plus de fonctionnalitĂ©s et d’une persistance supplĂ©mentaire, ainsi que des capacitĂ©s de vol d’informations. MĂŞme si l’on sait que les botnets diffusent des ransomwares, une fois dĂ©ployĂ©s, ces programmes ont leurs propres C2, aussi reprĂ©sentĂ©s dans les donnĂ©es DNS d’Akamai. Plus de 9 % des dispositifs ayant gĂ©nĂ©rĂ© un trafic C2 l’ont fait vers des noms de domaine associĂ©s Ă  des menaces de ransomware connues. Parmi ceux-ci, REvil et LockBit Ă©taient les plus courants. 

Une analyse rĂ©cente de la mĂ©thodologie des groupes de ransomware modernes, comme Conti, a montrĂ© que les attaquants sophistiquĂ©s demandent souvent Ă  des opĂ©rateurs de travailler « les mains sur clavier » afin de faire progresser rapidement et efficacement une attaque », ont dĂ©clarĂ© les chercheurs d’Akamai. « La capacitĂ© Ă  visualiser et Ă  bloquer le trafic C2 peut s’avĂ©rer essentielle pour mettre fin Ă  une attaque en cours », ont-ils ajoutĂ©. Avec 16 % des dispositifs observĂ©s par Akamai, les Infostealers constituent la troisième catĂ©gorie la plus populaire de trafic C2. Comme leur nom l’indique, ces programmes malveillants sont utilisĂ©s pour voler des informations, par exemple des noms d’utilisateur et des mots de passe de divers services, des cookies d’authentification stockĂ©s dans les navigateurs et d’autres informations d’identification stockĂ©es localement dans d’autres applications, qui peuvent s’avĂ©rer prĂ©cieuses pour les attaquants et favoriser d’autres attaques. Ramnit, un Infostealers modulaire, Ă©galement utilisĂ© pour dĂ©ployer d’autres malwares, Ă©tait la principale menace observĂ©e dans cette catĂ©gorie. Parmi les autres menaces notables observĂ©es dans le trafic C2 figurent Cobalt Strike, le RAT Agent Tesla, le ver Pykspa et le virus polymorphe Virut. 

Author

Lucian Constantin IDG News Service adaptation Jean Elyan